Ruissellement, érosion et coulées de boue

Un impact financier - Une menace pour la fertilité - Un enjeu pour l'environnement

Ces vingt dernières années, les inondations par ruissellement ont touché de nombreux sites en Wallonie, souvent associées à des coulées de boue.

Selon l’Institut Royal Météorologique (IRM), il pleut annuellement 800 litres par mètre carré sur les plateaux du Brabant et de Hesbaye, et 1200 à 1400 litres par mètre carré en Haute Ardenne. Avec ces précipitations, l’eau érode en moyenne entre 2 et 4 tonnes de terre par hectare de surface agricole, et parfois localement jusqu’à près de 20 tonnes par hectare sur des sites plus sensibles (Verstraeten et al. 2006, Gillijns et al. 2005).

Ces chiffres moyens cachent des événements extrêmes, bien plus violents : selon l’IRM, « la quantité d'eau tombée peut s'élever à plus de 100 mm (litres/mètre carré) en 2 ou 3 heures en cas d'orage particulièrement violent. » Une pluie de 35 mm en une heure est reconnue comme calamité naturelle par le Fonds des calamités. 

Un impact financier pour tous

Pendant un tel orage, le paysage change : un vallon bucolique se transforme en véritable torrent de boue, et une rue tranquille, en rivière emportant tout sur son passage. L’eau et la boue sont responsables de dommages importants aux habitations, aux voiries, mais aussi dans les champs, les forêts et les cours d’eau. 
Outre les coûts directs liés à l’intervention des services de secours, les collectivités et les particuliers financent la réparation des dégâts dus aux inondations boueuses pour des montants dont le total reste difficile à estimer, mais on rapporte des chiffres de 600.000 euros par an pour la Wallonie (rapport AGIRaCAD, 2014), et de 4.000 à 15.000 euros pour des sinistres privés (communiqué Assuralia, épisode météorologique de mai-juin 2018). L’impact émotionnel et humain est, lui, souvent incalculable.

Une menace sur la fertilité des sols agricoles

Un autre impact de l'érosion par ruissellement, plus insidieux, plus inquiétant aussi, touche l'agriculture. Année après année, la perte en terre arable provoque une véritable modification des horizons du sol, et menace petit à petit la fertilité des champs. Ainsi, par exemple, en comparant les sols sur une zone d'étude de 56 hectares à Chastres, entre 1956 et 2014, on a mesuré une perte de terre nette d'au moins 46 tonnes par hectare et par an en moyenne (rapport GISER, UCL-ULg-SPW 2015). Cette érosion équivaut à la perte d'une épaisseur de sol de 20 cm en moyenne en 58 ans. Et c'est sans compter la dégradation de la structure du sol resté sur la zone, due à l'alternance érosion-sédimentation à l'intérieur des parcelles.

Un enjeu global pour l'environnement

Les sédiments mis en mouvement par le ruissellement se retrouvent in fine dans les cours d'eau. Leur présence perturbe gravement l'équilibre de la vie aquatique : manque de lumière pour les plantes, asphixie des organismes à branchies, empoisonnement par certains résidus de produits chimiques adsorbés sur les particules de sol, et eutrophisation. Et à un tout autre niveau, l'accumulation des sédiments dans les grands cours d'eau et les canaux forme des dépôts dont l'épaisseur pourrait entraver, à terme, la mobilité sur les cours d'eau navigables. Ainsi, pour la période 2017-2020, la Wallonie avait prévu d'extraire par dragage 150.000 mètres cubes de sédiments par an alors que la sédimentation déposerait, selon les estimations, de l'ordre de 600.000 tonnes chaque année dans les voies d'eau wallonnes (Etat de l'Environnement wallon, 2018). Par ses effets négatifs sur la biodiversité ou le transport, l'érosion due au ruissellement représente un enjeu environnemental plus vaste encore que les dommages aux habitations et la diminution de la fertilité des sols.

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